EGLISE Sainte-Vierge de la Nativité

L’église de Cintegabelle (Xe, XVe et XVIe siècle) imposante par ses dimensions (40m X 17) et son caractère austère fut reconstruite et agrandie tout contre les murs protecteurs du Fort de Montmerle, après les sièges dévastateurs subis par la ville au cours des guerres de Cent-Ans.

Le nom de Sancta Gavellae apparaît en 948 et vers 960, l’évêque de Toulouse Hugues 1er donnait à vie à Loup, un de ses clercs, l’église Sainte Marie où le corps de la bienheureuse Sainte Gabelle aurait été enseveli. Puis la graphie Cintegabelle apparaît vers 1500.

L’aspect extérieur

L’église est enchâssée au sein du vieux quartier. La façade de brique montre des remaniements successifs. Une scissure verticale témoigne de l’élargissement de la façade qui porte aussi la trace des baies occultées. Une partie de ce mur-pignon était-elle le mur-clocher d’une ancienne église ? Le portail décoré sobrement de rouleaux et de billettes de style roman, et le portail en arc brisé sont récents, peut-être refaits à l’identique.

A droite de l’église se dresse le clocher de belles briques rouges, haut de 45 m. Sa tour octogonale avec ses trois étages aux lignes harmonieuses, ajourée de hautes baies en plein cintre se termine par l’élégante flèche à crochets que somme une croix de fer de 3 m, pesant 70 kg. La flèche construite vers 1745 et plusieurs fois endommagée par la foudre a été restaurée récemment en 1987-88.

Le clocher est érigé sur une tour carrée massive, imposante, un des éléments des remparts du Fort de Montmerle. L’escalier intérieur de la tour s’élève jusqu’au chemin de ronde et permet d’accéder à la prison, cellule à lourde voûte. Notons, pour l’anecdote, que le 17 octobre 1664, la foule indignée y enferma un nommé Serrebize accusé d’un meurtre, sans avoir demandé l’autorisation du curé, ce qui valut à la ville d’être frappée d’interdit.

Le portail

 

 

 

XVe siècle - En brique -

portail d'architecture romane donne accès à l'église de Cintegabelle agrandie au milieu du XVe siècle en raison d'une poussée démographique. La double bordure de billettes du plein cintre est parfaitement conservée.

L’intérieur

La nef

L’église intégrée au système défensif du fort, la nef avec ses fenêtres hautes, ses chapelles aveugles, son style dépouillé, témoignent du souci de cette génération de la fin du XVème de construire un édifice vaste et sûr à la fois sanctuaire et refuge protecteur pour une population qui a connu les angoisses de la guerre et de la peste.

Les chapelles

Les chapelles ont une ornementation inspirée par l’art baroque. (Né en Italie au XVIème siècle, après le concile de Trente). Le baroque, en peinture, en sculpture, en architecture, cherche à capter le regard, à susciter l’admiration pour magnifier le divin et exalter le sentiment religieux.

Chapelle Saint Jean-Baptiste

 

 

Tabernacle du début du XVIIIe siècle.

La chapelle abritant ce tabernacle tire son nom d'un buste de saint Jean-Baptiste.

Chapelle de l’agonie

Beau retable en marbre et bois peint en noir et doré, ordonné autour d’un tableau représentant la Descente de Croix.

Tabernacle du XVIIIème siècle.

   

Chapelle Sainte Anne

Très beau retable du XVIIème siècle, de pur style baroque bois peint et doré.

Au centre, Saint Anne et la Vierge et de chaque côté Sainte Luce; Saint Blaise, Saint Joseph et Saint Eutrope, Sainte Luce martyrisée à Syracuse en 304 se fêtait jadis le 23 décembre, elle symbolisait le retour de la lumière, l’allongement des jours (à la Sainte Luce les jours croissent d’un saut de puce). Saint Blaise, martyrisé en 316 était fêté avec éclat par une confrérie forte d’une centaine de membres qui entretenait le culte de ce saint guérisseur des maux de gorge.

Deux peintures, l’une évoque Saint Martin qui partage son manteau avec un mendiant, évêque de Tours au IVème siècle, aimé pour son esprit de charité et d’équité. Le jour de sa fête le 11 novembre se concluaient baux et accords ruraux. Saint Etienne, premier martyr, lapidé à Jérusalem, l’année de la mort du Christ était aussi l’objet d’une grande vénération.

Chapelle Sainte Germaine

 

 

 

Retable du XVIIème siècle en bois doré, clé de voûte frappée à la croix du Languedoc. Deux tableaux, l’un de Bernard Bénézet daté de 1870, l’autre représentant le patriarche Abraham prêt à sacrifier son fils Isaac pour obéir à Dieu. L’humble bergère de Pibrac, Germaine Cousin (1579-1601) fut béatifiée le 7 mai 1854, canonisée le 29 juin 1887. Elle fut l’objet de la ferveur populaire dans le pays toulousain (monument érigé place Saint Georges puis démoli ; église Sainte Germaine - 1883 - basilique de Pibrac - 1901 - et nombreuses chapelles paroissiales).

Chapelle de la Vierge

Très grand retable.

Vierge à l’enfant en bois doré.

Chapelle du sacré choeur

Sans intérêt architectural.

En repartant du choeur vers le fond, le mur en biais montre bien qu’il y a eu raccord entre le choeur et la nef.

Chapelle de Saint Pierre, es-liens

            Au centre, Saint Pierre délivré de ses chaînes par l’ange. Ce tableau pourrait provenir de l’abbaye de Boulbonne. Le cadre porte sculptée la tiare pontificale. Or le pape Nicolas V, vers 1453, aurait autorisé les abbés de Boulbonne à officier avec les symboles pontificaux.

            A gauche Saint Michel terrassant le dragon (à forme d’homme!)

Chapelle de l’Agnus Dei

Sur l’autel de marbre un remarquable tabernacle en bois doré et quatre chandeliers assortis proviendraient de Boulbonne. Tableau représentant le baptême du Christ dans les eaux du Jourdain, le Christ porte un vêtement en poil de chameau, un pagne de peau autour des reins.

Saint Jean Baptiste désigna Jésus comme étant le Messie (« Voici l’agneau de Dieu...)

Tableau du XVIIème siècle (grand manteau de Saint Jean et vêtement de l’ange).

Chapelle romane

La plus ancienne (reste un sanctuaire primitif ?) basse, profonde. Les arcs d’ogive retombent sur des culs de lampe sculptés de manière très frustre.

Le choeur

 

 

 

Le choeur pentagonal du Xvème siècle, est couvert d’une voûte à nervures multiples, établie à une hauteur supérieure à celle de la nef qui se raccorde de biais. Plus large que le choeur, le vaisseau avec ses quatre travées à voûtes nervurées d’ogives, liernes et tiercerons, ses arcs doubleaux surbaissés fut commencée au XVIème siècle par le célèbre maçon toulousain Laurent Clary et terminée deux siècles plus tard en 1750.

L’autel

XVIIIe siècle

La chapelle est restaurée aux frais de Jean-François de Ferriol, "conseiller du Roy et juge de Sainte-Gabelle".

L’autel polychrome en marbre vient de Boulbonne. Le marbre utilisé provient de Caunes-Minervois (Aude), il a été transporté par le canal du Midi.

Cet autel à double face dressé à la croisée du transept divisait l’espace de l’église abbatiale : d’un côté la nef réservée aux fidèles, de l’autre le choeur où se rangeaient les moines. A la Révolution, après la démolition de l’édifice religieux, les églises de Cintegabelle et de Nailloux reçurent chacune une des faces de l’autel.

 

 

 

 

La chaire

 

 

 

1737 - Bois d'Ormeau

La réalisation de cette chaire a fait l'objet d'une commande à Guillaume Seguy, maître menuisier de la ville d'Auterive qui a exécuté le travail en collaboration avec un sculpteur Toulousain.

LES TABLEAUX

Les tableaux ornant le choeur de l’église de Cintegabelle proviennent également de Boulbonne. Dans l’axe de l’autel, la crucifixion, datée de

1700, due au peintre toulousain Jean-Michel. De part et d’autre se présentent quatre grandes compositions de Jean Baptiste Despax, célèbre peintre toulousain (1709-1773) à qui l’on doit l’admirable décor de la chapelle des Carmélites, rue du Périgord ; un des chefs-d’oeuvre de la peinture toulousaine du XVIIIème siècle.

Présentation de l’enfant jésus

Oeuvre maîtresse du peintre dans un pur style baroque. Le thème : la Purification de la Vierge et la présentation de l’Enfant Jésus au temple quarante jours après la naissance. Inspiré par l’Esprit, Siméon l’Ancien, vient d’accourir au temple et reçoit dans ses bras l’Enfant en qui il reconnaît l’oint de Dieu (Christ ou Messie). C’est à ce moment qu’il entonne « Le Nunc dimittis » (maintenant, Maître, tu peux congédier ton esclave, j’ai vu...).

La composition s’organise dans la lumière du personnage central, Siméon, le vénérable patriarche drapé dans un large manteau aux plis protecteurs. De part et d’autre de l’homme inspiré, la Vierge agenouillée et une femme profondément inclinée en adoration fervente. En contraste, près du groupe central partageant l’émotion du divin, dans une demie pénombre, un personnage (Joseph) rayonnant d’une joie candide, tout occupé à présenter deux colombes en offrande.

Annonciation

XVIIIe siècle

Peintre : Jean-Baptiste Despax

Huile sur toile

Cette toile de Jean-Baptiste Despax (1709-1773), élève et collaborateur du maître Antoine Rivalz, provient de l'Abbaye de Boulbonne. Elle est transportée dans l'église de Cintegabelle après la révolution.

L’ange Gabriel émergeant de sombres nuées annonce à Marie sa conception miraculeuse en désignant du doigt la colombe du Saint Esprit.

Visitation

Marie rend visite à sa cousine Elisabeth. Longue étreinte. A gauche, Joseph au regard inexpressif, manteau de bure, gros bâton de pélerin à la main gauche, avance.

Composition très conventionnelle avec les chérubins flottants dans un ciel tourmenté.

Annonciation-Visitation

Quelques détails semblent trahir l’inexpérience d’un élève maître. (lourde silhouette de l’ange Gabriel)

Adoration des Bergers

 Au centre, l’Enfant Jésus dans la lumière éternelle, tout autour, prosternés et émerveillés, les bergers apportant leur offrande, à gauche, humblement, dans l’ombre de la crèche, l’âne, tandis que dans l’azur éthéré évolue la cohorte des anges protecteurs.

Au-dessus de ce magnifique ensemble pictural la voûte s’éclaire de quatre vitraux représentant les évangélistes : Saint Mathieu, auteur du premier évangile, Saint Marc dont l’emblème est le lion ailé, Saint Luc et le Taureau, Saint Jean auteur de l’Apocalypse. et d’un imposant nuage sur lequel reposent des anges.

LES ORGUES

« Une nef large et spacieuse, une acoustique très favorable, un orgue monumental à l’ordonnancement particulièrement rythmé, forment un ensemble des plus élégants et des plus harmonieux ; c’est un véritable bijou dans un écrin » (J.P. Décavèle : organiste et technicien-conseil pour la restauration de l’orgue).

Cet instrument prestigieux dû à Moucherel, célèbre facteur d’orgue Lorrain, était installé dans l’église abbatiale de Boulbonne consacrée par Monseigneur de Champflour en 1742.

A la révolution, le monastère fut vendu bien national et, en l’an VI,le 24 juin 1798, le boulanger Fajadet, comme prête-nom de six ou sept gros propriétaires de la ville acquit l’orgue, 615 F, pour le compte de l’église de Cintegabelle.

Le splendide buffet qui rappelle celui d’Albi est une oeuvre admirable dans le pur style baroque qui s’épanouit à l’époque de la Régence dans la première moitié du XVIIIème siècle. La décoration est somptueuse avec les sept tourelles du grand orgue, les cinq du positif, toutes enrichies de dorures, couronnées de corniches aux moulures étagées, les trophées d’instruments de musique ornés de rubans, les guirlandes fleuries délicates comme des broderies, les angelots à la grâce un peu mièvre, les feuilles d’acanthe capricieusement ciselées et incurvées en console renversée.

L’orgue est soutenu par l’effort crispé de deux atlantes aidés par deux cariatides.

L’orgue superbement restauré par l’entreprise Boisseau Cattiaux, dans la tradition classique, clair et chantant, remarquable dans les pleins jeux, a été inauguré le 15 décembre 1989 en présence du Ministre de l’Education Nationale, Lionel Jospin.

            L’orgue absente de 1982 à1989 est parti pendant sept ans du côté de Poitiers.

LA CUVE BAPTISMALE

XIIIe siècle

Cuve baptismale en plomb et en étain du XIIIème siècle. Elle est très rare, on en trouve six dans le monde comme celle là : une à New-York, deux en Angleterre, une dans l’église de Fronton, une au musée Paul Dupuy et une ici. Sur chaque face alternent des séries de décors : animaux fabuleux-dragon infernal avec ailes et queue de serpent ; griffon à tête d’aigle, corps de lion ; centaure armé de l’arc, et fleur de lis, croix de Toulouse, étoile à six branches, rosace.

Ainsi du beau clocher languedocien aux magnifiques peintures du chœur, des retables aux dorures, au somptueux buffet d’orgues, l’église offre au regard ses magnifiques trésors, trois siècles d’art sacré.